Cognac, Armagnac : quelles différences?

Pour ce tout premier article, Monsieur Baco s’emploie à différencier ces deux eaux-de-vie qui constituent le socle de la tradition française.

Loin d’être une évidence, la différence entre cognac et armagnac reste souvent floue y compris pour les amateurs. Les faibles parts de marchés de ces eaux-de-vie en France, leur terre d’origine, y sont pour beaucoup. En effet, la filière Armagnac a réalisé plus de 50% de ses ventes à l’export en 2018 (source ArmagnacNews) contre près de 98% pour la filière Cognac (source BNIC) ! Avec de tels chiffres, pas étonnant que ces deux spiritueux manquent de visibilité en France. Mais ces chiffres reflètent surtout le désintérêt des consommateurs français pour ces alcools souvent jugés désuets. Encore associés à tort à la catégorie des « digestifs », le cognac et l’armagnac, tout comme le reste des boissons alcoolisées, n’ont pourtant aucun impact positif sur la digestion. Il convient donc de dépoussiérer et d’actualiser l’image de ces eaux-de-vie séculaires…

Définition

Le cognac et l’armagnac sont deux spiritueux (rappelons qu’un spiritueux est une boisson contenant une forte proportion d’alcool) issus de la distillation de vin faisant tous deux l’objet d’une Appellation d’Origine Contrôlée. 3 critères principaux permettent de les différencier : le terroir, les cépages, la distillation.

Le terroir

L’Armagnac est produit en Gascogne dans 3 départements (Gers, Landes et Lot-et-Garonne) tandis que le cognac est produit sur 4 départements (Charente, Charente-Maritime, Dordogne et Deux-Sèvres). Les deux aires géographiques bénéficient d’un climat similaire : océanique tempéré relativement homogène (avec toutefois un ensoleillement plus important des zones côtières) pour le cognac et la partie ouest de la Gascogne et continental tempéré (partie est) pour la partie est de la Gascogne.

Les deux eaux-de-vie étant élaborées à partir de vin blanc, il convient de se pencher sur l’impact des sols sur les vins qui seront ensuite distillés.

Les crus de l’armagnac

L’Armagnac est divisé en 3 dénominations géographiques complémentaires (d’ouest en est) :

  • Bas Armagnac : les sables fauves du Bas Armagnac, composés de sols limono-sableux et de parties argileuses (boulbènes) donnent des raisins peu sucrés et acides parfait pour la distillation. Le Bas Armagnac produit des eaux-de-vie de grande qualité, riches et très fruitées.
  • Ténarèze : zone de transition où les sables fauves à l’ouest cèdent la place à une alternance de sols argilo-calcaires à l’est. Les armagnacs issus de ce cru sont plus rustiques et puissants et nécessiteront du temps pour s’assagir.
  • Haut Armagnac : plus en altitude avec des sécheresses estivales marquées, ce terroir comprend des sols calcaires durs (peyrusquets) et argileux profonds (terreforts) permettant de retenir davantage d’eau. Les eaux-de-vie produites sur ce terroir sont généralement plus vives.

Les crus du cognac

Le Cognaçais est quant-à-lui divisé en 6 dénominations géographiques complémentaires :

  • La Grande Champagne et la Petite Champagne : les sols calcaires crayeux du Crétacé similaires à ceux de Champagne ont donné leur nom à ces deux crus. On y trouve les eaux-de-vie les plus fines (particulièrement en Grande Champagne), structurées et les plus aptes au vieillissement. L’appellation Fine de Champagne désigne un assemblage des deux crus avec au minimum 50% de Grande Champagne.
  • Borderies : les sols silico-argileux avec sous-sols calcaires donnent des eaux-de-vie à dominante florale (violette, iris).
  • Fins Bois : les « groies », sols rouges peu profonds et caillouteux du Jurassique donnent des eaux-de-vie plus rondes et odorantes à dominante fruitée.
  • Bons Bois : les sols (Crétacé et Jurassique) comme le climat (maritime à l’ouest et continental à l’est) sont plus hétérogènes. Ils donnent des eaux-de-vie fruitées qui vieilliront plus rapidement.
  • Bois Ordinaires : les sols plus sableux car d’influence côtière donnent des eaux-de-vie plus simples.

Les cépages

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il faut produire un vin acide et peu alcoolisé pour obtenir un spiritueux de qualité. 10 cépages peuvent rentrer dans l’élaboration de l’armagnac (baco, blanc dame, colombard, folle blanche, plant de graisse, jurançon, mauzac, mauzac rose, meslier saint-françois, ugni blanc) contre 6 pour le cognac (colombard, folle blanche, montils, semillon, ugni blanc, folignan). Il est à noter que le jurançon et le meslier saint-françois sortent de l’appellation Cognac après 2020.

Dans les faits, l’ugni blanc, dérivé du cépage italien « trebbiano toscano » est devenu ultra majoritaire sur les deux vignobles grâce à sa résistance et son excellent rendement après la crise du phylloxera. Nous allons détailler les 5 principaux cépages :

  • L’ugni blanc : représentant 98% de l’encépagement du vignoble du Cognaçais et dominant également dans l’Armagnac, l’ugni blanc est un cépage équilibré et relativement neutre. Il donne des eaux-de-vie fines et aptes à un vieillissement prolongé.
  • La folle blanche : cépage très fragile, la folle blanche donne des eaux-de-vie aromatiques, élégantes et très florales.
  • Le colombard : il donne des eaux-de-vie aromatiques, fruitées et épicées.
  • Le baco : cépage roi de l’armagnac, ce cépage donne des eaux-de-vie charpentées, charnues, aux arômes de fruits mûrs (pruneau).
  • Le folignan : nouveau-né du croisement de la folle blanche et de l’ugni blanc, le folignan est un cépage exclusif au cognac et donne des eaux-de-vie florales (notes de rose et de lilas). Ce cépage ne doit pas excéder 10% de l’encépagement.

La distillation

Il s’agit peut-être de LA différence fondamentale entre le cognac et l’armagnac. Sans rentrer dans les nombreux détails techniques de la distillation qui feront l’objet d’un article à part entière, nous allons revenir sur les principes clés qui différencient la double distillation charentaise de la distillation continue armagnacaise.

Jusqu’au début du XIXème siècle, les deux eaux-de-vie étaient élaborées grâce à une double distillation. On situe généralement l’invention de la colonne de distillation entre 1801 et 1818, tantôt par Jean-Edouard Adam, tantôt par M. Tuilière. Quoiqu’il en soit, c’est à partir de cette période que la distillation continue va se développer dans la région et contribuer à démarquer l’armagnac de son cousin charentais.

La distillation agit un peu comme une loupe qui va concentrer les arômes présents dans le vin (qui titre alors entre 7,5 et 12%).

La double distillation Charentaise

En Charente, on utilise un alambic à repasse avec lequel on distille une première fois le vin pour obtenir un brouillis titrant aux alentours de 30%. Ce brouillis sera distillé une nouvelle fois pour obtenir le cognac. Lors de cette deuxième distillation appelée également « bonne chauffe », on vient séparer les parties les têtes (parties les plus volatiles) et les queues (parties les plus lourdes) afin de ne garder que le cœur de chauffe. Il est possible de laisser une partie des têtes ou des queues dans le cœur de chauffe en fonction du style d’eau-de-vie recherché. Le cognac peut titrer entre 65% et 72,4% en sortie d’alambic.

Alambic du Domaine des Claires

La distillation continue

La distillation continue utilisée dans l’armagnac est plus complexe. Comme son nom l’indique, cette distillation « en boucle » est conduite d’un seul tenant dans une colonne à plateaux (15 plateaux maximum). Lors de la distillation, les vapeurs montantes passent au travers du vin descendant avant d’être condensées, et ce, jusqu’à ce qu’il ne reste plus de vin à distiller. Bien que l’armagnac puisse être distillé au même degré que le cognac, il est bien souvent distillé entre 52 et 60%. Légalement, la double distillation est autorisée accessoirement pour l’armagnac mais dans les faits elle est rarement utilisée.

Alambic Delord, Photographie par Philippe Levy, Collection BNIArmagnac

Les eaux-de-vie issues de la distillation charentaise sont plus délicates tandis que celles issues de la distillation continue sont plus robustes ce qui contribue à donner un caractère plus « rustique » (ce n’est pas péjoratif !) à l’armagnac.

Les autres différences

  • Contrairement à leurs confrères charentais, les producteurs d’armagnac peuvent commercialiser des eaux-de-vie non vieillies (qui ont passé seulement 3 mois en cuve inox) sous le nom de « Blanche d’Armagnac ».
  • L’âge minimum pour commercialiser un armagnac est de 1 an alors qu’il faut 2 ans de vieillissement minimum avant de commercialiser un cognac.
  • La filière Cognac compte un certain nombre de maisons de négoce dont d’un oligopole constitué des maisons de négoce Hennessy, Martell, Courvoisier et Rémy Martin. Bien qu’il existe également des maisons de négoce pour l’armagnac (citons Darroze, Castarède…), la filière est principalement constituée de petits producteurs.
  • La réputation du cognac repose en grande partie sur l’art de l’assemblage (jusqu’à plus de 1000 eaux-de-vie par flacon !) permettant d’assurer une continuité dans le style d’une maison. A l’inverse, on trouvera davantage d’armagnacs millésimés, exprimant un style différent d’une année à l’autre.

Et le brandy dans tout ça? Le brandy est un dérivé anglais du terme hollandais « brandewijn » qui signifie « vin brûlé ». Ce terme désigne les alcools distillés à partir de vin, donc le cognac et l’armagnac entre autres.

Ce qu’il faut retenir

L’armagnac et le cognac sont deux spiritueux issus de la distillation de vin blanc. Il existe 3 crus pour l’armagnac et 6 crus pour le cognac. Sur les 16 cépages utilisés, 3 cépages sont communs aux deux eaux-de-vie : l’ugni blanc (ultra majoritaire), la folle blanche et le colombard. Le baco est un cépage propre à l’armagnac tandis que le folignan est un nouvel hybride propre au cognac. La double distillation charentaise donne des eaux-de-vie délicates tandis que la distillation continue armagnacaise donne des eaux-de-vie pleines de caractère.

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